Ton papy était-il nazi ? En Allemagne, un moteur de recherche permet enfin de le savoir
Plus de 80 ans après la chute du Troisième Reich, la question que beaucoup d’Allemands n’osaient pas poser à voix haute trouve enfin une réponse accessible : grand-père était-il membre du parti nazi ? Les Archives nationales américaines viennent de mettre en ligne des millions de fiches d’adhérents du NSDAP — gratuitement, depuis n’importe quel ordinateur.
Le Monde
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Zarbi
C’est quoi le NSDAP ?
Le NSDAP (Nationalsozialistische Deutsche Arbeiterpartei, soit « Parti national-socialiste des travailleurs allemands ») est le parti nazi fondé en 1920, porté au pouvoir par Adolf Hitler en 1933. Il compte 8,5 millions de membres en 1945 — soit une fraction non négligeable de la population adulte allemande de l’époque. Appartenir au NSDAP n’impliquait pas forcément une adhésion idéologique profonde : beaucoup le rejoignaient par pression sociale, opportunisme professionnel ou contrainte administrative. Dissous et interdit à la capitulation en 1945, ses archives ont été saisies par les Alliés.
Ce qui vient de se passer
Les Archives nationales américaines (National Archives), qui détiennent ces fiches depuis 1945, viennent de les rendre accessibles gratuitement et nominativement en ligne pour la première fois au grand public. Résultat immédiat : les serveurs saturent. Les Allemands se ruent sur le moteur de recherche pour taper le nom de leurs grands-parents. Die Welt, Süddeutsche Zeitung, Berliner Morgenpost — toute la presse germanophone ne parle que de ça.
L’outil est simple : nom, prénom, date de naissance. Si la personne figure dans la base, la fiche apparaît avec son numéro d’adhérent et la date d’inscription. Ce qui manque : le pourquoi. Une fiche ne dit rien des convictions réelles ni du comportement concret sous le régime. Les historiens appellent à croiser ces données avec d’autres sources — dossiers personnels, archives locales, correspondances — avant de tirer des conclusions.
Un choc culturel particulier à l’Allemagne
En Allemagne, la question du passé nazi dans les familles reste souvent refoulée depuis des générations. Cette mise en ligne force des conversations qui n’ont parfois jamais eu lieu. Paradoxe notable : les Bundesarchiv allemandes appliquent des règles strictes de protection des données personnelles qui limitent l’accès à ces mêmes informations. C’est donc grâce aux archives américaines que les Allemands redécouvrent leur propre histoire familiale.