Algérie : non, toutes les églises chrétiennes ne sont pas ouvertes
Le 12 avril 2026, à la veille de la visite historique du pape Léon XIV à Alger, Ségolène Royal s’en prend à Paris Match sur X. Elle affirme que les églises ne sont « ni fermées ni interdites » en Algérie et invite le magazine à se renseigner auprès du cardinal Jean-Paul Vesco, archevêque d’Alger. Sur ce point précis, c’est faux — et les sources indépendantes qui le documentent ne manquent pas.
Source : tweet de Ségolène Royal (@RoyalSegolene), ancienne ministre et présidente de l’association France-Algérie, publié le 12 avril 2026 — voir le profil X ↗
❌ INTOX
La réalité
Ce que dit Royal — et ce qui est exact
Ségolène Royal pointe vers le cardinal Jean-Paul Vesco et les églises catholiques. Elle n’a pas entièrement tort sur ce point précis : les quelques milliers de catholiques en Algérie (en grande majorité étrangers, d’origine subsaharienne) peuvent encore accéder à des lieux de culte. La basilique Notre-Dame d’Afrique reste ouverte, et la hiérarchie catholique entretient des relations diplomatiques avec les autorités algériennes.
Mais voilà le problème : les catholiques ne représentent qu’une toute petite partie des chrétiens d’Algérie. Et Vesco lui-même a indiqué publiquement ne pas vouloir « entrer en conflit avec les autorités » et préférer « continuer à faire du bien sans faire de bruit ». Autrement dit, la discrétion de l’Église catholique est une condition de sa survie — pas une preuve de liberté.
Ce qu’elle passe sous silence : 150 000 chrétiens algériens sans église
La majorité des chrétiens d’Algérie ne sont pas des catholiques étrangers. Ce sont des protestants évangéliques — Algériens, convertis depuis les années 1990, environ 150 000 selon le rapport de l’ECLJ d’avril 2026. Et pour eux, la situation est radicalement différente.
La Commission américaine sur la liberté religieuse internationale (USCIRF), organisme bipartisan du gouvernement fédéral américain, est catégorique dans son rapport 2024 : pratiquement toutes les églises évangéliques du pays ont été fermées de force. Une seule restait partiellement ouverte à Alger en septembre 2024. Concrètement, 43 des 47 églises de l’Église protestante d’Algérie (EPA) ont été scellées par les autorités depuis 2017.
Le cadre légal : deux textes qui limitent sévèrement la liberté religieuse
L’ordonnance de 2006 (Ordonnance 06-03) soumet tout lieu de culte non musulman à une autorisation préalable — et dans les faits, depuis 2006, aucune demande d’ouverture de nouvelle église n’a été accordée. La même ordonnance pénalise le prosélytisme : tenter de « convertir un musulman » est passible de cinq ans de prison. La révision constitutionnelle de 2020 a par ailleurs supprimé la référence à la liberté de conscience.
Ce que le tweet de Royal fait réellement
Royal confond deux réalités distinctes : les catholiques étrangers (quelques milliers, tolérés en échange de discrétion totale) et les protestants évangéliques algériens (150 000 personnes, dont les communautés sont massivement privées de lieux de culte). Affirmer que « les églises ne sont ni fermées ni interdites » en ne regardant que la cathédrale d’Alger, c’est comme décrire l’accès à l’eau potable d’un pays en ne visitant que les hôtels cinq étoiles.
Sources
- USCIRF, Algeria Country Update, octobre 2024 — uscirf.gov
- USCIRF, 2025 Annual Report — Algeria, mars 2025 — ecoi.net
- ECLJ, L’oppression des chrétiens en Algérie — Rapport ECLJ, avril 2026 — eclj.org
- USCIRF, communiqué, USCIRF Alarmed Over Systematic Church Closures in Algeria — uscirf.gov
- Tweet source (Gregor Puppinck, directeur ECLJ) — x.com/@Gregor_Puppinck
- Tweet analysé (Ségolène Royal) — x.com/@RoyalSegolene, 12 avril 2026